Quand un diagnostic de maladie à corps de Lewy tombe, les familles cherchent des repères clairs. Cette pathologie bouleverse la mémoire, le mouvement et le quotidien de manière fluctuante. Comprendre ses mécanismes, l’espérance de vie et les options de prise en charge aide à reprendre la main. Voici l’essentiel, expliqué avec des conseils concrets pour les proches et des exemples vécus.
💡 À retenir
- La maladie à corps de Lewy est la deuxième cause de démence après Alzheimer.
- L’espérance de vie moyenne après le diagnostic est de 5 à 7 ans.
- Environ 50% des patients présentent des symptômes de Parkinson.
Qu’est-ce que la maladie à corps de Lewy ?
La maladie à corps de Lewy est une pathologie neurodégénérative qui associe troubles cognitifs, symptômes moteurs et fluctuations marquées de l’état de vigilance. Elle est la deuxième cause de démence après Alzheimer. Elle se caractérise par l’accumulation de protéines anormales appelées corps de Lewy dans le cerveau, perturbant la communication entre neurones.
Dans la vie de tous les jours, cela se traduit par des journées « avec » et des journées « sans », des hallucinations visuelles souvent très détaillées et des signes proches de la maladie de Parkinson. La maladie à corps de Lewy touche aussi le sommeil, l’humeur, l’attention et l’autonomie. Certaines personnes sont très sensibles aux traitements antipsychotiques, une hypersensibilité aux neuroleptiques qui peut aggraver les symptômes moteurs.
Définition et caractéristiques
On parle de démence à corps de Lewy quand les troubles cognitifs apparaissent tôt et coexistent avec des symptômes moteurs. Lorsque les symptômes moteurs précèdent d’au moins un an les troubles cognitifs, on évoque plutôt une maladie de Parkinson avec démence. Les deux entités partagent la même signature biologique, mais leur point de départ clinique diffère.
Les caractéristiques typiques incluent des hallucinations visuelles récurrentes, des fluctuations cognitives au cours d’une même journée, un sommeil paradoxal agité avec rêves « joués » et une rigidité ou lenteur des mouvements. Des variations de la tension artérielle en position debout et des troubles du transit sont aussi fréquents.
Espérance de vie et facteurs influents
Après le diagnostic, l’espérance de vie moyenne se situe autour de 5 à 7 ans. Ce chiffre est une moyenne et chaque parcours est unique. Certaines personnes vivent plus longtemps, surtout quand la prise en charge est coordonnée, les complications évitées et l’environnement adapté.
L’âge au diagnostic, la présence de maladies associées et la fréquence des complications comme les chutes ou les infections peuvent peser sur le pronostic. La maladie à corps de Lewy évolue par paliers, avec des périodes de stabilité et des phases de déclin plus rapide. Chez environ 50% des patients, des symptômes parkinsoniens sont présents, pouvant augmenter le risque de chutes et de perte d’autonomie.
Facteurs influençant l’espérance de vie
- Âge et état général au diagnostic: fragilité, dénutrition ou maladies cardiaques associées compliquent l’évolution.
- Complications évitables: chutes, déshydratation, infections urinaires ou pulmonaires influencent fortement le parcours.
- Réponse aux traitements et tolérance médicamenteuse: équilibre entre bénéfices cognitifs, moteurs et effets secondaires.
- Qualité de l’accompagnement: suivi régulier, rééducations, adaptation du domicile et soutien aux aidants.
- Sommeil et tension: troubles du sommeil paradoxal et hypotension orthostatique mal contrôlés altèrent le quotidien.
Symptômes et diagnostic

Les manifestations varient d’un jour à l’autre. On observe des troubles de l’attention, des difficultés à planifier, des hallucinations visuelles détaillées et des illusions (confondre un motif avec une présence). Les signes moteurs incluent une rigidité, une marche à petits pas, un tremblement moins fréquent qu’en Parkinson. La maladie à corps de Lewy touche aussi l’odorat, l’humeur et le sommeil.
Le diagnostic repose sur l’association de symptômes typiques, un examen neurologique et des tests complémentaires. Un point clé est la présence de fluctuations cognitives et d’hallucinations visuelles précoces, souvent accompagnées d’un trouble du sommeil paradoxal avec rêves « agis » la nuit.
Symptômes courants
- Fluctuations de l’attention et de la vigilance avec périodes de confusion puis de relative clarté.
- Hallucinations visuelles récurrentes, détaillées et parfois non anxiogènes au début.
- Symptômes parkinsoniens: lenteur, rigidité, instabilité posturale et voix plus faible.
- Trouble du comportement en sommeil paradoxal: parler, crier, donner des coups en rêvant.
- Hypotension orthostatique, constipation, troubles urinaires et anxiété ou apathie.
Méthodes de diagnostic
Le diagnostic est clinique, posé par un spécialiste après un entretien et un examen détaillés. Des tests neuropsychologiques aident à cartographier les capacités d’attention, de mémoire et de fonctions exécutives. Une IRM cérébrale écarte d’autres causes. Dans certains cas, un examen d’imagerie fonctionnelle du transporteur de la dopamine (DaTscan) soutient le diagnostic en montrant une atteinte dopaminergique.
- Polysomnographie pour confirmer le trouble du sommeil paradoxal.
- Mesures de tension couchée/debout pour l’hypotension orthostatique.
- Évaluation médicamenteuse: dépister les traitements susceptibles d’aggraver la confusion ou les hallucinations.
Traitements disponibles
Il n’existe pas encore de traitement curatif. La prise en charge vise à réduire les symptômes, prévenir les complications et préserver l’autonomie. Les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase (par exemple rivastigmine) peuvent améliorer l’attention, les hallucinations et certains troubles du comportement. Les symptômes moteurs répondent parfois à une faible dose de lévodopa, avec une surveillance serrée des effets psychiatriques.
La tolérance aux antipsychotiques est un point de vigilance. Les neuroleptiques classiques sont à éviter, car ils peuvent aggraver la rigidité et provoquer de sévères réactions. Si un antipsychotique est nécessaire, des options à faible risque (comme la quétiapine, voire la clozapine avec suivi) sont privilégiées. Les troubles du sommeil paradoxal s’améliorent souvent avec mélatonine, mesures de sécurité nocturnes et, au besoin, clonazépam. L’hypotension orthostatique se gère par hydratation, bas de contention, fractionnement des repas, et parfois des médicaments spécifiques.
Options de traitement
- Traitements cognitifs: inhibiteurs de l’acétylcholinestérase pour l’attention et les hallucinations.
- Traitement moteur: lévodopa à faible dose, avec évaluation régulière des effets indésirables.
- Symptômes comportementaux: antipsychotiques de nouvelle génération avec prudence et suivi rapproché.
- Sommeil: mélatonine, sécurisation de la chambre, prise en charge du trouble du sommeil paradoxal.
- Rééducations et non-médicamenteux: kinésithérapie, orthophonie, ergothérapie, activités adaptées.
Un suivi coordonné améliore nettement la trajectoire. La kinésithérapie entretient l’équilibre et la force, l’ergothérapie adapte le domicile, l’orthophonie travaille la voix et la déglutition. Des bilans nutritionnels réguliers préviennent la fonte musculaire. Une planification anticipée des soins permet de faire respecter les souhaits de la personne, en particulier sur la fin de vie et les hospitalisations non souhaitées.
Vivre avec la maladie : conseils pratiques
Vivre avec la maladie à corps de Lewy demande de la souplesse, un environnement sécurisant et des routines simples. Marc, 68 ans, raconte qu’il se sent « dans le brouillard » certains matins, puis retrouve une bonne clarté l’après-midi. Sa compagne a appris à planifier les tâches exigeantes dans les créneaux où son attention est la meilleure.
Anaïs, aidante de sa mère, a réduit les chutes en installant un éclairage nocturne et des bandes antidérapantes, et en évitant les tapis. Elle garde un carnet de bord: horaires de prise des médicaments, qualité du sommeil, épisodes d’hallucinations et pression artérielle debout. Ce journal a aidé le neurologue à ajuster les traitements.